Systèmes d’exploitation pour téléphones. Partie 1 : Premières initiatives ☎😍

Voici la première dépêche d’une série sur les systèmes d’exploitation (plus ou moins) libres pour téléphones. Dans les années 90, nos téléphones n’étaient pas libres. Mais, au début des années 2000, des libristes s’organisent et une multitude d’initiatives apparaissent. Remémorons-nous ces bons vieux projets des débuts. C’était aussi la mode des GIF animés 🐧

Tux parle au téléphone

Qui pourrait se passer de son téléphone ? Celui-ci devient de plus en plus puissant, remplaçant souvent l’ordinateur. Ainsi, 17 % des français possédaient un smartphone en 2011 et 73 % en 2017. [réf] Mais avons-nous le contrôle sur notre téléphone ? Acheter un ordinateur avec un OS libre est plutôt facile. Et pour libérer nos téléphones ?

[NdM] : cette dépêche est publiée sous licence CC BY-SA 3.0

Sommaire

Introduction

Initialement, nous avions prévu une seule dépêche. Mais, au fur et à mesure de sa rédaction (2000 révisions en deux ans), cette longue dépêche était devenue trop volumineuse pour être digérée en une seule fois. Alors, nous l’avons découpé en petites bouchées :

  1. Les premières initiatives ☎😍     ← Vous êtes ici
  2. La lignée de Maemo à Nemo 🔒
  3. Le libre sur la planète Android 🤖💚
  4. La saga Firefox OS 🦊🚀
  5. Ubuntu pour unifier ordinateur et téléphone 🖥️📲
  6. Les récents projets qui risquent de chambouler le monde 🌍
  7. Une synthèse des commentaires de toutes ces dépêches 🤷

Mais si ton estomac est coriace, nous avons aussi tout regroupé dans un article disponible sur deux dépôts Git : Framagit et GitHub.

Une fois publiée, une dépêche sur LinuxFr.org est rarement modifiée. Alors, aide nous dans la rédaction des dépêches à venir. 📳💟 Sinon, ce n’est pas trop tard, tu peux toujours proposer tes idées d’amélioration sur les dépôts Git avec ta poule ricouestte. 🐔

Qtopia Phone Edition

Logo de Qt_Extended

  • 1991, deux norvégiens commencent à coder une bibliothèque graphique en C++ batisée quelques années plus tard Qt qui signifie Q toolkit (la boite à outils Q) et se prononce cute (mignon) ;
  • 1995, Trolltech publie Qt-0.90 avec, pour la première fois, son code source et prend en charge X11 et Windows ;
  • 1997, Matthias Ettrich démarre l’ambitieux environnement de bureau KDE en choisissant Qt, apportant à cette bibliothèque une immense publicité (pourtant Qt n’était pas libre à cette époque) ;
  • 2000, Trolltech publie Qt-2.2 et lance le projet Qt/Embedded ;
  • 2003, Trolltech lance Qtopia Phone Edition, un système d’exploitation complet (sous Linux) incluant l’environnement graphique et ses applications ;
  • 2006, Trolltech décompose Qt/Embedded en QWS et Qtopia Core qui équipent, à l’époque, un million d’appareils (une dizaine de modèles de téléphones et une trentaine d’autres types d’appareils) ;
  • 2007, Trolltech commercialise le Greenphone (en), un téléphone sous Linux pour faire la promotion de Qtopia (les derniers logiciels prorio deviennent libres à partir de Qtopia-4.3) ;
  • 2008, suite au rachat par Nokia (100 millions €), Trolltech devient sa filiale Qt Software, et le projet Qtopia est renommé en Qt Extended ;
  • 2009, abandonné par Nokia, le projet Qt Extended est repris par la communauté sous le nom de Qt Extended Improved (QtEI).
              Qtopia
            (Trolltech)
                 |
Symbian^1        ▼
Symbian^2 ◀──▶  Qt
Symbian^3    Extended
 (Nokia)      (Nokia)
                 |
                 ▼
               QtEI
           (Communauté)

Pour l’anecdote, après avoir dissout la société norvégienne Trolltech Qt Software (2010), Nokia revend Qt à Digia (2012). Cette dernière recrée à nouveau la société, mais en Finlande (2014), puis l’introduit en bourse sous le nom de Qt Group (2016).

Vidéo : 41 secondes pour se faire une idée du Qtopia Greenphone (2007)

OPIE

Mascotte de OPIE dans une bulle

  • 2002, OPIE (Open Palmtop Integrated Environment) naît de la bifurcation (fork) de Qtopia ;
  • 2013, le projet n’a presque plus d’activité ;
  • 2014, le dernier développeur, Paul Eggleton (bluelightning) réalise les derniers des 12 000 commits en 12 ans ;
  • 2015, le code source est migré sur GitHub pour la prospérité.
   Qtopia   ─▶ OPIE
(Trolltech)  (Communauté)
     |
     ▼
Qt Extended ─▶ QtEI
  (Nokia)    (Communauté)

OPIE n’est pas un système d’exploitation, mais, tout comme G(PE)2, il est un environnement graphique complétée par 80 applications. OPIE est basée sur Qt, au contraire de G(PE)2 qui est basé sur GTK+.

OPIE a souvent été utilisé sur un système d’exploitation libre comme Familiar Linux (2001-2007), OpenZaurus (2002-2006) et Ångström (2007-2018). Ce sont des systèmes d’exploitation conçus à l’origine pour PDA et ordinateur de poche mais peuvent aussi équiper des téléphones.

Vidéo : OPIE avec Ångström sur un Sciphone G2 en 2011 (3 minutes)

GPE Phone Edition

logo de GPE

  • En 2001, Nils Faerber annonce le projet GPE (sigle récursif pour GPE Palmtop Environment) pour offrir une interface graphique et des applications aux PDA de l’époque. GPE utilise GTK+ et fournit toutes les applications de bases qui sont écrites essentiellement en C ;
  • En 2006, l’équipe GPE crée le projet GPE Phone Edition aka G(PE)² pour les téléphones ;
  • En 2008, l’initiative G(PE)2 est abandonnée après 1500 commits en deux années ;
  • En 2013, le projet GPE devient inactif après 9000 commits et 11 années d’activité.

logo de GPE Phone Edition

G(PE)2 est un environnement graphique (applications), le concurrent communautaire de OPIE. Tous deux nécessitent un système d’exploitation comme Familiar Linux (2001-2007), OpenZaurus (2002-2006) et Ångström (2007-2018). GPE fonctionnait avec ces systèmes d’exploitation sur PDA et ordinateur de poche. G(PE)2 était adapté aux téléphones, et utilisait probablement la distribution GNU/Linux Ångström.

Vidéo : Démarrage d’une distribution GNU/Linux avec GPE-2.7 sur un iPAQ avec Windows Mobile 5, probablement en utilisant HaRET (1 minute et demi, 2007)

DeforaOS

Logo de DeforaOS

En 2004, Pierre Pronchery (khorben), en stage d’école d’ingénieur, commence à travailler sur le projet DeforaOS.

Pierre explique que le but est de proposer un environnement natif basé sur Debian et GTK+, pour différents matériels capables de démarrer un système alternatif. Le développement continue mais au ralenti car :

  • Pas de financement durable ;
  • Plus de matériel de référence pour la téléphonie libre ;
  • Peu d’engouement pour GTK+ par rapport à Qt ;
  • Outils disponibles sous Linux décevant comparativement à ceux sur NetBSD.

Pierre est toujours prêt à travailler avec une équipe pour proposer une alternative à Android et iOS. Mais cela implique un budget à 7 chiffres…

Vidéo : Conférence de DeforaOS : un voyage dans le développement d’un OS (1 heure) par Pierre Pronchery (enregistrée par l’association MiNET en 2018)

OpenWifiPhone

Logo OpenWifiPhone

En 2005, Miko et Oliver créent le projet OpenWifiPhone pour développer sur leur temps libre un téléphone 100 % logiciel libre. Le protocole GSM n’étant pas encore pris en charge par le noyau Linux, ils utilisent un SoC ARM spécialisé VoIP Wi-Fi fourni par un fondeur qui espérait que ce type de téléphones puissent remplacer les DECT.

C’était aussi le début des réseaux Wi-Fi communautaires (Réseau citoyen, France Wireless…). Le logiciel grenoblois Linphone avec Speex permettait déjà des appels téléphoniques SIP. Des opérateurs commençaient aussi à installer des bornes Wi-Fi (hotspot), un bouillonnement…

Mais en 2008, les deux amis ont dû déménager dans des villes différentes, puis baisse de motivation et, en plus, les téléphones Wi-Fi ne percent pas.

La famille OpenMoko

Logo de OpenMoko

  • 2006
  • 2007, dark_moule nous prévient de la vente des 1000 prototypes Neo 1973 (300$ et 450$) ;
  • 2008, dark_moule nous annonce son successeur, le Neo FreeRunner, disponible à 330 € chez Bearstech ;
  • 2008
    • swap38 crée le site francophone openmoko-fr.org ;
    • Publication de SHR, distribution GNU/Linux basée sur FSO et compatible avec les téléphones GTA ;
    • Publication d’une autre distribution FDOM (Fat and Dirty OpenMoko) ;
  • 2009
    • L’agence spatiale allemande envoie dans l’espace un Neo FreeRunner pour étudier le comportement en conditions extrêmes d’un appareil grand public, notamment de son accéléromètre (le Neo FreeRunner est choisi car il est libre et ne cache pas son fonctionnement interne permettant d’apporter la preuve scientifique) ;
    • Openmoko arrête le développement de ses téléphones pour cause de financement insuffisant ;
    • Harald Welte avec la communauté maintiennent le code source et le site openmoko.org ;
    • publication de la distribution Hackable:1 pour téléphones ;
  • 2010, publication de QtMoko avec le portage de l’environnement Qtopia sur OpenMoko ;
  • 2012, création de OpenPhoenux (OPEN PHOnE liNUX) pour fédérer les communautés, les logiciels et fabrication de matériels libres (open-hardware) et devient tinkerphones en 2016 ;
  • 2017
        OpenMoko
  (Openmoko Communauté)
  _________|_________
 |   |   |       |   |
 |  FDMO |       |  ...
 |       |       |
 |  Hackable:1   |
SHR            QtMoko

Hackable:1

Logo de Hackable:1

En 2009, Pierre Pronchery (khorben) intègre la société Bearstech, puis crée avec d’autres la distribution Hackable:1 pour fournir une Debian avec GNOME Mobile.

En 2010, une dizaine de personnes travaillent sur Hackable:1.

En 2012, le projet est progressivement abandonné.

Vidéo : 5 secondes de Hackable:1 (2009)

SHR

Logo de SHR

La distribution GNU/Linux SHR, qui signifiait à l’origine Stable Hybrid Release réutilise le travail d’Openmoko. Initialement créée en 2007 pour combiner GTK+ et le nouveau intergiciel (middleware) freesmartphone.org (FSO) créé par Openmoko, SHR a beaucoup évolué et les applications graphiques se basent de préférence sur les Enlightenment Foundation Libraries (EFL), mais peuvent aussi utiliser GTK+ ou Qt. Pour uniformiser la communication entre les applications, la communication entre les différentes couches du système utilise l’interface D-Bus.

La construction de l’image (ROM) utilise OpenEmbedded et le gestionnaire de paquets opkg.

SHR se veut flexible, et il peut être installé entre autres sur les téléphones Openmoko Neo Freerunner, Goldelico OpenPhoenux (GTA04) et Nokia N900. Très appréciée, la distribution était en 2010 la plus utilisée pour les téléphones Openmoko.

En 2010, le projet Yocto apparaît et SHR s’adapte pour en profiter : les couches shr-core et meta-smartphone apparaissent, et le rythme de sortie se cale sur celui de Yocto.

Depuis 2013, SHR est globalement inactif. Cependant la couche meta-smartphone, réutilisée par LuneOS, est toujours maintenue.

En 2017, la branche « shr » du dépôt meta-smartphone est finalement supprimée.

En 2018, la branche master du dépôt meta-smartphone est toujours très active, notamment grâce aux distributions LuneOS et AsteroidOS qui y contribuent.

Vidéo : Démarrage de SHR sur GTA04 en 17 secondes, une prouesse ! (2012)

QtMoko

Logo de QtMoko

En 2009, Nokia, alors dirigé par un ancien de chez Microsoft, abandonne le projet Qt Extended, anciennement Qtopia (code source). Immédiatement, la communauté s’organise et créé la bifurcation (fork) Qt Extended Improved (QtEI). Dans la continuité du dépôt Git de QtEI commence le projet QtMoko pour unifier le meilleur des projets communautaires QtEI et OpenMoko, notamment sur le portage vers Debian. Une première version est même publiée la même année.

  Qtopia ───▶ OPIE 
(Trolltech) (Communauté)
     |
     |    OpenMoko
     |  (Communauté)
     ▼       |
Qt Extended  |
 (Nokia)     |
     |       ▼
   QtEI ─▶ QtMoko
    (Communauté)

Bien que OPIE et QtMoko soient issus du même ancêtre Qtopia, les deux projets ne sont pas compatibles, et donc les applications OPIE ne peuvent être réutilisées sous QtMoko. Chacun développe dans son coin !

L’environnement graphique Qtopia étant sous licence GPL, toutes les applications fournies doivent également être sous la même licence. Cette limitation a pour origine le modèle économique de Trolltech qui vendait une licence commerciale (non-libre). Aucune entité n’étant propriétaire de l’ensemble du code source, ce n’est plus possible de s’arranger afin de fournir une application non-libre ou avec une licence incompatible avec la GPL. Ce qui peut être vu comme un avantage pour les libristes et ceux qui sont soucieux de leur vie privée, mais aussi comme un inconvénient pour ceux qui souhaitent inciter les entreprises/développeurs à proposer leurs applications non-libres ou avec d’autres licences libres. Lire le troll quand Nokia a passé une partie de Qt sous licence LGPL en 2009.

Cependant en 2014, Radek Polak, le dernier développeur, se décourage à cause, entre autres, de la consommation élevée de la batterie quand le téléphone est en veille.

Logo de la communauté tinkerphones, aciennement OpenPhoenux, qui contribue au projet QtMoko2

Néanmoins, neuf mois plus tard, c’est la renaissance du projet. Nikolaus Schaller, fervent défenseur du libre et fondateur de Golden Delicious crée la bifurcation (fork) QtMoko2. Cela tombe bien, sa société conçoit des téléphones libres comme le GTA04 et le neo900. ^_^

Vidéo : Démo QtMoko sur GTA02 (3 minutes, 2011)

Symbian

logo de Symbian

Voici l’histoire de l’ouverture-fermeture du code source de Symbian OS entre 2008 et 2011 :

  • Avant 2005 : Symbian est né d’un partenariat entre la société Psion, éditeur du logiciel Epoc 32, et les sociétés Nokia, Ericsson, Motorola et Matsushita. Selon Wikipedia il dispose de nombreuses API spécifiques pour la communication mobile voix et données, et utilise des protocoles standard de communication réseau : IPv4/IPv6, WAP, MMS, Bluetooth, GPRS/UMTS, Java, SyncML, …
  • En 2005, Nokia travaille sur Maemo, un nouveau système d’exploitation pour ses ordiphones (tablettes, smartphones, …), mais celui-ci n’est pas encore suffisamment mature, alors Nokia continue de commercialiser ses produits phares (flagship) avec Symbian (jusqu’en 2010) ;
  • En 2006 : toujours selon Wikipedia : plus de 100 millions de téléphones et de smartphones (comme les excellents Nokia E71 et E72) ont été vendus. L’Europe est, à cette époque, la figure de proue du domaine.
  • Nov. 2007, Google crée l’Open Handset Alliance (OHA) réunissant 34 partenaires pour promouvoir Android (84 entreprises en 2018) ;
  • Jan. 2008, Nokia s’inquiète du modèle économique open source de Android et rachète Trolltech pour 100 millions face à Google qui annonce le Android Developer Challenge pour distribuer 10 millions aux développeurs des meilleures applications Android ;
  • Juin 2008, Nokia, toujours inquiet, rachète Symbian afin d’ouvrir le code source et de créer la Symbian Foundation (en) à l’instar de l’OHA ;
  • En 2009, le noyau de Symbian^1 est libéré, puis Symbian^2 contient davantage de code libre ;
  • Fév. 2010, tout le code source de Symbian^3 est sous licence EPL comme pressenti par Raphaël SurcouF ;
  • Deux semaines plus tard, Nokia présente au MWC un installateur d’applications Qt pour téléphones Symbian comme le Nokia N97, le Nokia 5800 et le Nokia E72 très apprécié par zarbatrip ;
  • Oct. 2010, le Nokia N8 est le dernier smartphone phare (flagship) sous Symbian ;
  • Fév. 2011, le nouveau PDG de Nokia (ancien Microsoft) choisit Windows Phone pour le haut de gamme, dissout la Symbian Foundation et ferme le code source de Symbian.
              Qtopia
            (Trolltech)
                 |
Symbian^1        ▼
Symbian^2 ◀──▶  Qt
Symbian^3    Extended
 (Nokia)      (Nokia)
                 |
                 ▼
               QtEI
           (Communauté)

Le SDK était complexe à mettre en œuvre et il fonctionnait uniquement sous Windows avec des outils assez mal empaquetés (packagés). Les applications étaient codées en C++ avec Qt, mais aussi, dans une moindre mesure, en Java (J2ME) et en Python. Des morceaux de Symbian sont réutilisés dans d’autres projets comme Qt Extended et Maemo. Un peu de ce code source originel subsiste dans l’ADN des descendants (MeeGo, Mer, Sailfish, Nemo) qui sont également en C++ et Qt.

Vidéos de 2010 pour se faire une idée de la progression entre Symbian^1 (Nokia C3) et Symbian^3 (Nokia N8) :

  1. https://youtu.be/UJNYqnnWPvw (7 minutes)
  2. https://youtu.be/GDnvqp_MYH8 (6 minutes)
  3. https://youtu.be/Rub7BDoduKw (5 minutes)
  4. https://youtu.be/GmKFzaDfhTo (6 minutes et demi)

De Palm OS à LuneOS 🌜🌠

Logo de LuneOS

  • 1996, sortie de Palm OS avec les PalmPilot 1000 et 5000 (en) ;
  • 2002, la société PalmSource est créé pour développer/commercialiser Palm OS et devient indépendante de Palm l’année suivante ;
  • 2004, malgré les améliorations apportées, PalmSource n’arrive toujours pas à commercialiser Palm OS et décide de développer un successeur basé sur Linux ;
  • 2006, Palm arrive à récupérer les droits sur Palm OS et PalmSource annonce l’arrivée prochaine du successeur ;
  • 2007, PalmSource publie ACCESS Linux Platform, une distribution GNU/Linux (GTK+, GStreamer, BlueZ, matchbox, cramfs…) pour succéder à Palm OS mais les deux téléphones qui devaient être commercialisés sont annulés ;
  • 2008, Palm travaille sur Nova basé sur Linux pour succéder à Palm OS ;
  • 2009, Palm commercialise le smartphone Palm Pre équipé de Nova renommé en webOS, premier successeur de Palm OS à équiper un produit grand public ;
  • 2010, HP rachète Palm pour 1 milliard dans l’objectif d’équiper ses appareils avec webOS (même pour ses imprimantes) ;
  • 2011, HP abandonne finalement l’idée de commercialiser ses produits avec webOS, puis décide de collaborer avec la communauté libre ;
  • 2012, HP publie Open webOS avec 450 000 lignes de code sous licence Apache 2.0 ce qui permet à la communauté webOS-ports de poursuivre le développement ;
  • 2013, LG rachète à HP les droits sur webOS pour équiper ses téléviseurs connectés ;
  • 2014, la communauté webOS-ports publie LuneOS issue de Open webOS avec une base Android ;
  • 2018, LG crée webOS OSE (Open Source Edition) et propose une collaboration à double sens avec LuneOS.
   Palm OS
   (Palm)
      |
    Palm OS
 (PalmSource)
   ___|___
  |       |
webOS    ALP
(Palm) (PalmSource)
  |
webOS
(HP)  \
  |    \
  |     Open webOS
webOS  (HP + Communauté)
(LG) \           \
  |   \           \
  |webOS OSE ◀─▶ LuneOS
  |   (LG)    (Communauté)
  |     |          |
  |     |          |
 ···   ···        ···

LuneOS n’est pas un ancien projet, il est plutôt récent. Mais il est présenté dans cette première partie pour ses racines qui remontent aux années 90. Son nom provient de l’interface graphique Luna, héritage d’un long processus de maturité et souvent copié.

Pour pouvoir fonctionner sur du matériel récent, LuneOS réutilise les couches basses du projet LineageOS, dont les pilotes (driver) d’Android. C’est le projet Halium qui fédère ces couches basses avec les différents systèmes d’exploitation. À part certains blobs issus des pilotes Android, tout le reste est sous licence Apache 2, MIT, GPL et LGPL.

Ainsi nous profitons de l’ergonomie intuitive issue de webOS sur des mobiles récents.   \o/   Une petite dizaine d’appareils sont déjà pris en charge officiellement dont les Nexus 4 et 5, les Xiaomi Mi A1, Redmi 5, Note 4x et aussi les Raspberry Pi 2 et 3. L’équipe webos-port privilégie les téléphones avec un bon rapport qualité/prix, une forte communauté et un bootloader déverrouillable. Historiquement, c’était les Nexus, mais depuis que Google a monté en gamme avec les Pixel, l’équipe webos-port s’est rabattue sur les téléphones Xiaomi.

LuneOS, tout comme pour SHR, utilise OpenEmbedded pour la construction de ses paquets. De plus, comme SHR était déjà installable sur les téléphones HP Palm Pre, Pre Plus et Pre2, LuneOS réutilise également une partie du projet.

Tout comme pour les projets Mer, Sailfish OS et Nemo mobile, les applications natives de LuneOS utilisent généralement la bibliothèque graphique Qt qui profitent de l’accélération matérielle avec QtWayland. D’ailleurs, l’équipe webos-ports collabore avec le projet Mer, car certaines briques de Mer sont réutilisées dans LuneOS, comme la gestion de la téléphonie.

En mars 2018, à la surprise générale, LG publie [1],[2] webOS OSE (Open Soure Edition) afin d’inciter d’autres constructeurs à utiliser ce système d’exploitation dans leurs produits. Cette ouverture permet à webOS OSE de bénéficier des innovations apportées par la communauté webos-port, mais aussi de partager les améliorations et corrections de webOS OSE vers LuneOS.

En juin 2018, des représentants de LG et de webos-port se rencontrent à Paris pour mieux collaborer et choisissent le Xiaomi Mi A1 (en) comme base commune (et non pas un des téléphones LG). LG compte beaucoup sur son système d’exploitation et met à jour sa feuille de route (roadmap) régulièrement (en).

Le 28 novembre 2018, la publication de la version majeure LuneOS Doppio améliore le Bluetooth (passage de BlueZ4 à BlueZ5 et mutualise davantage son code source avec le projet Halium (en).

L’équipe webos-port est constituée d’une vingtaine de personnes et a besoin d’aide :

  • coder/tester les applications natives ;
  • remplacer les composants de Open webOS par ceux de webOS OSE ;
  • réparer l’image VirtualBox qui ne fonctionne plus avec les versions récentes de Mesa ;
  • migrer vers Yocto Sumo/Thud ;
  • améliorer les messages, la caméra ;
  • prendre en charge à nouveau le GSM du Touchpad 4G (seul le WiFi fonctionne) ;
  • corriger la régression sur Node-SQLite3 ;
  • corriger les régressions du clavier virtuel ;
  • corriger les régressions sur certains appareils et en prendre d’autres en charge.

Ainsi, LuneOS, s’améliore progressivement et un jour une nuit, des téléphones seront peut-être vendus avec LuneOS préinstallé… lors de la pleine lune…

Pour en savoir plus, Christophe Chapuis nous présente régulièrement le projet LuneOS dont il est contributeur :

Vidéo : Démo de 5 minutes de l’application LuneTube version 0.2.0 (2016). Aujourd’hui (2018), cette application en JavaScript a beaucoup mûri et en est à la version 0.5.3.

Conclusion

Ceci n’est pas le chapitre conclusion. 😮

Ah, mais elle est où la conclusion ? 🤔

Ben… dans les commentaires ! 😜

Et oui, chacun à son avis : les échecs, les spéculations, les succès, le positif…

Restons bienveillants dans nos réactions : même si nos arguments sont différents, nous sommes tous globalement d’accord pour avoir davantage de contrôle sur nos téléphones, pas besoin d’utiliser des mots agressifs. 😘 😍

Un rappel des projets que nous venons d’aborder par ordre de date de première publication du code source :

  • 2000, Qtopia, bibliothèque graphique Qt pour l’embarqué ;
  • 2001, GPE, environnement GNOME allégé avec ses applications ;
  • 2002, OPIE, bifurcation de Qtopia par la communauté avec des applications ;
  • 2003, Qtopia Phone Edition, distribution GNU/Linux pour téléphone ;
  • 2004, DeforaOS, distribution GNU/Linux pour appareils mobiles ;
  • 2005, OpenWifiPhone, distribution GNU/Linux pour téléphones Wi-Fi ;
  • 2006, GPE Phone Edition, adaptation de GPE pour téléphones ;
  • 2007, ACCESS Linux Plateform, distribution pour succéder à Palm OS (1996) ;
  • 2007, OpenMoko, distribution GNU/Linux pour téléphones ;
  • 2008, SHR, distribution GNU/Linux pour téléphones ;
  • 2008, Symbian^1, le système d’exploitation le plus utilisé par les téléphones de l’époque ;
  • 2009, Hackable:1, distribution GNU/Linux pour téléphones ;
  • 2010, QtMoko, fusion de OpenMoko avec l’environnement Qtopia ;
  • 2012, Open webOS, libération de webOS (un autre successeur de Palm OS) ;
  • 2014, LuneOS, fusion de Open webOS avec une base Android ;
  • 2014, QtMoko2, renaissance du projet QtMoko par la société allemande Golden Delicious (en) ;
  • 2018, LG publie webOS OSE et des mutualisations possibles avec LuneOS.

Parmi ces projets libres, quatre sont toujours actifs : DeforaOS, QtMoko2, LuneOS et webOS OSE.

Afin de se concentrer sur les téléphones et leurs environnements applicatifs, nous n’avons pas abordé les distributions GNU/Linux comme Familiar Linux (2001-2007), OpenZaurus (2002-2006), Ångström (2007-2018) et Poky (en). Ni les systèmes de construction d’image (ROM) comme OpenEmbedded (en) et Yocto (en). Ni les serveurs graphiques comme PicoGUI (en) et TinyX-KDrive (en). Et nous n’avons pas non plus abordé les suites applicatives comme Pimlico (en).

Le projet OsmocomBB (2010) est postérieur à la période du début des années 2000, et cette première dépêche est déjà assez longue. Nous en parlerons dans la partie 6.

Deux développeuses utilisent QtMoko et LuneOS sur leurs téléphones

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  • Une autre ambitieuse dépêche se prépare également : Quel téléphone mobile en 2019 ?

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Une dernière vidéo pour patienter d’ici la prochaine dépêche : Les OS mobiles alternatifs par Lionel Duboeuf en mai 2018 (1 heure). Le support de présentation est disponible sous licence libre aux formats ODF et PDF.

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(Source: LinuxFr.org : les dépêches)
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