Décryptualité du 27 novembre 2017


Luc - Manu - Nico - Mag

Titre : Décryptualité du 27 novembre 2017
Intervenants : Luc – Manu – Nico – Mag
Lieu : studio d’enregistrement April
Date : novembre 2017
Durée : 15 min
Écouter ou télécharger le podcast
Revue de presse de l’April pour la semaine 47 de l’année 2017
Licence de la transcription : Verbatim
NB : transcription réalisée par nos soins.
Les positions exprimées sont celles des intervenants et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

Description

Décryptualité parle cette semaine du bitcoin.

Transcription

Luc : Décryptualité.

Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 47, année combien ? 2017. Salut Manu.

Manu : Salut Nico.

Nico : Salut Mag.

Mag : Salut Luc.

Luc : On est tous les quatre réunis. Ça faisait un petit moment déjà qu’on ne s’était pas tous retrouvés autour de la table. Sommaire Manu.

Manu : On a huit jolis articles, qui parlent de logiciel libre et de sujets afférents, notamment open data et neutralité du Net, donc il y a un petit peu de tout.

Mag : Developpez.com, « Munich a décidé d’abandonner LiMux pour Windows 10 à partir de 2020 », par Stéphane Le Calme.

Manu : Eh oui, ville de Munich…

Luc : C’est une vieille histoire. On parlait déjà du retour il y a deux ans.

Nico : C’est enfin acté.

Mag : La Tribune, « Des logiciels libres pour renforcer la sécurité des TPE-PME », par Pauline Compan.

Manu : Ça parle de Montpel’libre1, dans le sud de la France.

Mag : Ce sont des copains !

Manu : Des gens hyperactifs et ils présentent des logiciels libres, ils ont toute une liste pour les entreprises notamment.

Luc : Bravo !

Mag : J’en profite pour faire un bisou à Pascale et à Myriam. Le Monde Informatique, « 5 applications Linux pour travailler plus efficacement », de Mark Gibbs.

Manu : Là c’est une petite liste d’applications sympas que vous pouvez aller regarder, d’après ce qui existe.

Mag : ZDNet France, « RGPD – La Cnil propose un logiciel libre PIA pour soigner sa conformité », par Christophe Auffray.

Manu : Ce qui est intéressant là-dedans c’est que la CNIL se penche sur les lois européennes, sur la vie privée, et donc propose des outils pour essayer d’aider les entreprises parce que ce n’est pas simple de passer à la RGPD.

Luc : RGPD c’est quoi ?

Manu : Règlement général sur la protection des données.

Luc : Bravo Manu !

Mag : Libération, « Les États-Unis vers l’Internet à deux vitesses », par Amaelle Guiton.

Manu : Eh bien la neutralité du Net est attaquée aux États-Unis, comme Donald Trump, notamment, l’avait annoncé quand il a été élu.

Luc : Beaucoup de bruit sur Reddit2 ,que je fréquente, où ils sont en train de beaucoup se bouger là-dessus.

Manu : Il y a des gros qui se déplacent et qui se bougent, notamment ?

Nico : Pornob et YouPorn qui ont décidé de faire chier Trump là-dessus.

Mag : Mais le porno a toujours permis le développement d’Internet, donc pourquoi s’arrêterait-il maintenant ! Journal du Net, « L’Île-de-France lance une plateforme d’open data et de données privées », par Jamal El Hassani.

Manu : C’est un outil sur Internet pour que les institutions, les administrations, partagent des données avec les citoyens. C’est intéressant. C’est l’Île-de-France qui se lance. Il faudrait voir s’il n’y a pas un peu doublon avec l’État français qui fait aussi des choses ; donc il y a besoin de creuser.

Mag : la Croix, « Les alternatives aux Gafa se multiplient », par Xavier Renard.

Manu : Ça c’est intéressant parce que c’est la Croix et donc c’est une communauté qu’on n’a pas forcément l’habitude de toucher et qui s’intéresse à Internet, à la vie privée, et qui regarde un petit peu ce qui se passe, les GAFA et puis les alternatives. Ils parlent de Qwant notamment, DuckDuckGo et puis Framasoft, nos amis de Frama qu’on aime beaucoup.

Mag : Le Journal du Geek, « Le BIOS pourrait disparaître des PC d’ici 2020 », par Mathieu.

Manu : C’est un truc technique, mais il y a des évolutions. Les entreprises, Intel est en train de changer le système de démarrage des ordinateurs. C’est un vieux système et les évolutions sont un peu inquiétantes parce qu’on a besoin de ce système de démarrage, aujourd’hui, pour faire tourner du logiciel libre dans beaucoup de cas.

Luc : Et quand on contrôle le système de démarrage, on contrôle tout ce qui pourra tourner derrière. Donc qu’est-ce qu’on aura le droit de faire tourner sur nos machines ?

Manu : Exactement !

Mag : Du coup, Luc, c’est quoi le sujet du jour ?

Luc : C’est un sujet qu’on voulait aborder depuis un petit moment, c’est celui des crypto-monnaies, le bitcoin notamment, parce qu’on en parle très souvent, ça fait les gros titres, mais en fait c’est assez compliqué, on ne sait pas exactement comment ça marche, et on a un expert. Nicolas, toi tu t’es penché là-dessus depuis un bon moment, maintenant.

Nico : Expert ! Expert ! Oui, je pratique un peu.

Luc : En tout cas tu maîtrises vachement mieux que nous trois. Tu es bombardé expert. Donc le bitcoin c’est une monnaie, crypto-monnaie, pourquoi ? Un truc dans les caves ?

Nico : Oui ! C’est peut-être dans les caves ! [Rires]. Ça se mine beaucoup dans les caves, on y reviendra après. C’est crypto-monnaie parce que c’est complètement virtuel en fait ; il n’y a pas d’équivalent dans la monnaie réelle telle qu’on la connaît, donc il n’y a pas de Carte bleue, il n’y a pas de pièces, il n’y a rien ; c’est juste des lignes.

Luc : C’est une monnaie purement informatique.

Nico : C’est purement informatique, c’est juste sur des PC, il n’y a pas d’existence légale, sauf dans certains pays, qui commence à arriver ; c’est complètement décentralisé.

Luc : Il faut qu’on explique comment ça marche. Donc le principe c’est décentralisé, c’est-à-dire qu’il n’y a pas une banque ou un système qui dit : « Je contrôle le serveur, je contrôle le système central qui fait tourner la monnaie. »

Nico : Les règles sont définies à la création de la monnaie ; c’est dans le code informatique, directement, que c’est posé. Le logiciel, après, va diffuser dans la communauté et, du coup, chacun est contraint par le système qui a été choisi à la base.

Luc : Comment on fait pour s’assurer que ça ne part pas dans tous les sens ? Puisqu’il n’y a pas de centre, qu’il n’y a personne qui contrôle que tout se passe comme j’ai prévu que ça le soit, comme une banque qui regarderait les comptes et la carte bancaire qui dirait « j’ai tant d’argent qui est parti dans tel sens, tant d’argent l’argent dans l’autre sens », comment on fait dans un système non centralisé pour garantir des choses comme ça ?

Manu : Qu’il n’y ait pas de la triche !

Luc : Voilà, qu’il n’y ait pas de la triche ?

Nico : Ça va beaucoup dépendre des monnaies, en fait, puisque chaque monnaie a ses spécificités.

Luc : Oui, mais on va parler du bitcoin.

Nico : Sur le bitcoin, en fait, et puis de manière générale, il y a quand même quelques points communs. Le but c’est de qu’on appelle la preuve de travail. À partir du moment où on veut émettre une transaction ou faire passer une transaction dans le réseau, il faut prouver que la transaction est valide, donc il faut fournir une certaine dose de travail qui est faite par des calculs scientifiques, différents traitements sur les ordinateurs. Et après, cette preuve de travail est publiée, donc ce qu’on appelle la blockchain qui est l’ensemble du registre de toutes les transactions depuis le début de la création de la monnaie.

Manu : C’est la chaîne des blocs.

Nico : C’est la chaîne des blocs. Cette chaîne est complètement publique donc n’importe qui peut faire la vérification que tout s’est bien passé, qu’il n’y a pas eu de double dépense ou que celui qui a dépensé l’argent le possédait bien au moment où il l’a dépensé, tout ça, et donc approuver ou non chacune des transactions qui est passée.

Luc : Donc tout ce qui se passe dans le bitcoin est enregistré dans un registre public, non altérable.

Nico : C’est ça. On ne peut pas l’altérer. Après on peut l’altérer, mais on rentre dans des détails, justement, de puissance de calcul ou autres, mais normalement il est inaltérable et c’est comme ça qu’on a la preuve que l’argent nous appartient bien quand on reçoit, si on est vendeur par exemple. Au moins, on a la preuve que l’argent nous appartient bien et n’est pas passé dans les poches de quelqu’un d’autre.

Mag : Tu disais que c’était décentralisé, mais ce registre il est à quel endroit ?

Nico : Eh bien partout. Chaque utilisateur du réseau bitcoin peut le télécharger.

Mag : Il s’autoduplique constamment ?

Nico : Il s’autoduplique. À chaque fois que quelqu’un rejoint le réseau bitcoin, il peut télécharger la chaîne de l’intégralité des transactions et revalider l’ensemble de la chaîne.

Manu : Ça doit être conséquent, non ! Il y a quelques octets dans cette chaîne !

Nico : Oui. C’est un peu le problème de bitcoin justement, c’est qu’aujourd’hui la chaîne doit faire pas loin de 400 ou 500 gigaoctets.

Manu : D’accord, on peut le faire, mais voilà !

Nico : On peut le faire mais c’est compliqué ; il a fallu trouver des systèmes alternatifs. Du coup c’est un peu moins décentralisé parce qu’il y a des gros opérateurs qui vont héberger la chaîne pour vous et vous vous pouvez juste la requêter en demandant « vérifiez-moi bien que cette transaction-là est valide ou pas ». Du coup, il y a des tiers de confiance qui ont été réintroduits dans le réseau

Mag : Ça ne va pas à l’encontre de l’idée principale, s’il y a passage par des tiers de confiance ?

Nico : C’est un peu le problème de bitcoin en ce moment, c’est que le système principal tel qu’il a été imaginé a été un peu dévoyé. Il y a quelques problématiques techniques. Bitcoin a, en gros, essuyé les plâtres de la crypto-monnaie. Celles qui sont apparues derrière, les autres crypto-monnaies, ont essayé de corriger ces problèmes-là. Mais bitcoin a quelques petits problèmes comme ça, à droite, à gauche, qui sont parfois assez pénalisants.

Manu : la raison principale qui fait que c’est que c’est le sujet d’actualité, c’est la valeur du bitcoin. C’est parti d’un truc qui était un truc de geeks, codé sur des disques durs dont on se fichait, qu’on pouvait balancer à un moment donné parce que bof ! Qu’est-ce que c’est que ce bordel !

Nico : C’est ça ! Et j’en pleure encore !

Manu : Oui, parce tu as un disque dur avec des bitcoins dessus ! Dans une décharge ?

Nico : Que j’ai effacé !

Manu : Non ! Effacé.

Nico : Je l’avais effacé. Au tout départ, effectivement, j’étais un des premiers utilisateurs du bitcoin et j’en minais, puisqu’on peut miner, du coup, sa propre monnaie.

Luc : Il faudra qu’on explique.

Nico : On en reparlera après. Mais du coup j’avais 100/150 bitcoins comme ça, sur un disque. J’ai dit non, ça ne prendra jamais. Je les ai effacés.

Manu : Sachant qu’à l’heure où on enregistre la valeur du bitcoin vient de dépasser les 9 000 dollars ! Le bitcoin ! Un euro égale ?

Nico : Oui, 9 000 dollars. Donc en gros, j’étais assis sur presque un million d’euros, en fait, qui sont partis en fumée sur un disque dur !

Manu : Eh bien oui, ce ne sont que des octets, ce n’est que de l’information, c’est facile à effacer. Mais ça a une valeur de malade et là, en ce moment, il y a une explosion et donc ça fait partie des raisons pour lesquelles il faut qu’on en parle, je pense.

Nico : En trois semaines on est passé de 3 000 euros le bitcoin à 9 000 euros le bitcoin.

Luc : Il faut qu’on explique le minage. C’est effectivement une monnaie où ça fait des années que les gens qu’elle est déflationniste, il faudra qu’on explique, et également que c’est un gros machin de spéculation ; principales critiques qu’on a autour. Miner le bitcoin, c’est un truc dont on entend parler. En quoi ça consiste ?

Nico : Miner le bitcoin, en gros, c’est pour, justement, valider toutes les transactions qui ont lieu dans le réseau. On a besoin d’avoir des personnes qui vont mettre à disposition de la puissance de calcul pour faire des vérifications et, pour les dédommager, en fait, du calcul qui est fait, on leur donne, on crée des bitcoins à chaque fois qu’ils font des validations. À chaque fois que vous arrivez à prouver un certain nombre de transitions on vous donne x bitcoins. Ça c’est une formule mathématique. À la base on vous en donnait 100, maintenant on vous en donne 12,5.

Manu : Ça fait partie de l’algorithme.

Nico : Ça fait partie de l’algorithme et c’est dégressif au fur et à mesure du temps. On sait que le système est conçu pour donner des bitcoins jusqu’à arriver à 28 millions de bitcoins qui vont arriver d’ici 2021/23, quelque chose comme ça.

Luc : 2023. On aura l’évaluation de tous ces bitcoins qui auront été émis ; on s’arrête.

Nico : Il n’y aura plus de création de monnaie, donc le minage n’aura plus vraiment d’intérêt.

Luc : Sur cette question, on a de la puissance de calcul, c’est-à-dire qu’on a des machines qui tournent, qui font une opération mathématique qui va être compliquée, plus ou moins compliquée, en fonction du nombre de gens qui sont en train de calculer en même temps.

Nico : Voilà, c’est ça. Parce que ça c’est pareil, les règles du réseau c’est qu’on est censé pouvoir valider, en gros, un bloc de transactions toutes les dix minutes. Et donc plus on va avoir une puissance de calcul importante, plus l’algorithme va se durcir pour interdire de la création n’importe comment.

Luc : Rendre les choses plus compliquées.

Nico : Voilà, rendre les choses plus compliquées pour garantir que, en moyenne, on a un bloc à tomber toutes les dix minutes.

Luc : Le principe du calcul c’est, qu’en gros, on va avoir une information. C’est un algorithme qui n’est pas réversible donc on ne sait pas comment il fonctionne. Et on va essayer des nombres aléatoirement et, si on a de la chance, comme au loto, on va trouver celui qui valide le truc et, dans ce cas-là, on est censé gagner tous les bitcoins.

Nico : C’est ça.

Luc : La personne qui trouve la solution…

Nico : Remporte l’intégralité du pactole.

Luc : Comme c’est un gros système aléatoire, comme le loto, les gens se mettent ensemble.

Nico : C’est ça. Il y a des fermes de minage, en fait, comme on appelle ça, qui sont apparues où quelqu’un fonde un service. Les gens s’inscrivent dessus et mettent leur puissance de calcul à disposition. Du coup, qui dit plus de puissance de calcul, eh bien plus de chance d’obtenir le bitcoin, et après on répartit en fonction de la puissance de calcul de chacun.

Luc : On se partage le magot. D’accord.

Mag : Mais alors du coup, pourquoi tu disais que c’était une monnaie déflationniste ?

Luc : Une monnaie déflationniste, ce sont des trucs qui ont déjà été observés dans l’histoire économique. C’est qu’à partir du moment où la masse monétaire, c’est-à-dire la quantité d’argent disponible est fixe.

Manu : Ou de l’or, parce que c’est souvent basé sur l’or.

Luc : Ou de l’or, ce genre de choses, dès lors qu’on a besoin de plus en plus de monnaie parce qu’on échange de plus en plus de biens et de services, il y a un moment, si la quantité de monnaie ne croît pas avec le besoin, alors ça veut dire que notre monnaie a de plus en plus de valeur puisqu’on va échanger de plus en plus pour une monnaie qui ne va pas bouger. Donc les gens qui en ont n’ont aucun intérêt à la dépenser parce qu’ils disent : « Plus j’attends, plus mon argent prend de la valeur. » Et donc moins on va dépenser cet argent, plus la masse monétaire en circulation va se réduire, puisqu’il y a plein de gens qui thésaurisent, qui gardent sous le coude, et donc ça monte encore plus vite.

Manu : Il y a un cercle vicieux qui se met en place.

Luc : Et donc, du coup, il y a un moment où ça arrive tellement haut que tout se bloque ; les gens cessent d’échanger et la monnaie cesse de fonctionner.

Manu : Il y a un petit mécanisme qui a été prévu dans le bitcoin, c’est qu’on peut avoir une division des bitcoins jusqu’à 8 chiffres après la décimale, donc c’est quasiment du milliardième de bitcoin.

Luc : Oui. C’est du milliardième.

Manu : Et donc ils ont déjà prévu, en fait, ce cas-là et ensuite ils ont simplement prévu que un bitcoin, la valeur, pourrait monter à des millions d’euros, on ne sait pas, on n’a pas d’informations là-dessus, c’est l’avenir, mais on fera transiter, potentiellement, des milliardièmes.

Luc : N’empêche que pour l’instant, la valeur ne fait que monter à une vitesse complètement hallucinante.

Manu : Elle descend régulièrement.

Nico : Il y a eu quelques gros cracks aussi, parce que, justement, s’il y a beaucoup de spéculations et autres, donc il y a une bulle qui s’est formée autour de tout ça ; de temps en temps elle explose et on se prend moins 50 %, moins 100 %.

Mag : C’est dommage de pouvoir spéculer sur cette monnaie-là parce que, du coup, quelle est la différence avec la monnaie normale si tu spécules ?

Luc : C’est pire que la monnaie normale.

Nico : C’est même pire. Bitcoin, aujourd’hui, clairement, c’est plus que spéculatif, c’est pour ça il y a d’autres monnaies qui sont apparues pour essayer de compenser les problèmes de bitcoin.

Manu : Il y a plein d’autres monnaies qui sont apparues.

Nico : Plein d’autres monnaies qui existent. Le Monero par exemple, ou l’Ethereum ou le Duniter.

Manu : Le Peercoin ou le Litecoin.

Nico : Et qui sont là justement pour essayer de bloquer les problèmes que le bitcoin rencontre aujourd’hui.

Manu : Notamment, ça dépense beaucoup d’énergie.

Nico : Voilà, beaucoup d’énergie parce que ça demande une puissance de calcul phénoménale, parce que les gens veulent aussi spéculer.

Manu : Donc ce n’est pas du tout écolo ! On considère que c’est l’équivalent d’une centrale nucléaire aujourd’hui.

Nico : Ah non, c’est beaucoup plus que ça ! La consommation électrique du réseau bitcoin c’est un pays comme l’Irlande.

Manu : Donc c’est vraiment fou !

Nico : C’est complètement démentiel et c’est pour ça que les autres monnaies ont essayé de faire un peu le retour d’expérience de bitcoin et de corriger.

Manu : Mais bitcoin c’est le premier. C’est celui qui est le plus visible. C’est celui qui a été créé à l’origine, le créateur a lancé bitcoin ; donc le créateur de la blockchain3, c’est le concept de cet algorithme.

Luc : C’est un type avec un pseudo [Satoshi Nakamoto, NdT], japonais, mais on ne sait pas qui c’est. Certaines personnes disent qu’elles l’ont trouvé, etc., mais ça fait partie du mythe.

Manu : Et le mec est riche parce qu’il a les premiers bitcoins qui ont été émis. Il en a une bonne quantité.

Luc : Potentiellement riche. Parce que tu disais, Nicolas, qu’aujourd’hui c’est compliqué de vendre ses bitcoins pour obtenir des vrais euros.

Nico : Aujourd’hui c’est compliqué, parce que déjà, si vous voulez vendre des grosses quantités de bitcoins, il faut trouver des gens pour les acheter en face.

Manu : Ça risque de faire écrouler le marché !

Nico : Ça peut faire écrouler le marché et puis il y a aussi au niveau fiscal, en tout cas en France, si vous faites de la spéculation sur les bitcoins, il faut payer des impôts dessus.

Mag : Ah ! Je savais que l’État pourrait mettre la main dessus. Évidemment ils ont tout fait pour !

Nico : Vous pouvez payer jusqu’à 50 % sur les plus-values.

Luc : Tu disais également que, techniquement, c’était compliqué aujourd’hui.

Nico : Techniquement, aujourd’hui, c’est compliqué, surtout pour les petits échanges. Sur les gros échanges ça va passer plus facilement, mais aujourd’hui le réseau est engorgé. Les petites dépenses, en fait, mettent beaucoup de temps à passer, justement, à être validées.

Luc : Parce qu’il faut les intégrer dans le calcul du bloc.

Nico : Parce qu’il faut les intégrer et du coup les mineurs préfèrent s’intéresser aux grosses transactions qui rapportent beaucoup d’argent qu’aux petites qui ne rapportent rien. Du coup les petits montants, aujourd’hui, ils mettent dix heures.

Luc : Parce qu’il faut beaucoup d’énergie pour calculer un bloc, parce qu’il y a beaucoup de monde qui est dessus en même temps.

Luc : Il y a beaucoup de monde dessus et puis il y a des contraintes techniques aussi, aujourd’hui, en particulier sur les choix de l’algorithme, justement, qui sont assez mauvais.

Manu : Qui sont mauvais ! Qui ne correspondent plus aux besoins d’aujourd’hui !

Nico : Qui ne correspondent plus aux besoins d’aujourd’hui et qui, du coup bloquent.

Luc : Comme le système n’est pas réformable !

Nico : Enfin il est difficilement réformable, parce qu’il faut que tout le monde soit d’accord ou au moins 50 % de ceux qui font la blockchain, qui contribuent à la blockchain, donc c’est compliqué.

Manu : On n’a pas le temps d’en parler, je pense, mais le truc c’est qu’il y a plein d’avantages à ce bitcoin, c’est utilisé notamment dans des pays qui ont de problèmes avec leur propre monnaie, donc c’est un moyen de contourner ça.

Luc : C’est utilisé par la mafia aussi.

Manu : Carrément ! C’est utilisé pour faire des crimes. C’est utilisé, il semblerait, par des gros acteurs, par exemple même des banques.

Nico : Les banques, en fait, qui s’en servent pour faire transiter d’énormes volumes financiers. Typiquement, vous voulez échanger un milliard de dollars comme ça.

Manu : Oui, on le fait souvent !

Nico : si vous le faites par parcours classique, vous allez avoir plein de problèmes parce qu’il va falloir prouver tous les trucs, ça va prendre du temps.

Manu : C’est vrai qu’on vérifie.

Nico : Alors qu’avec bitcoin, en dix minutes, vous allez avoir le truc qui va circuler d’une main à l’autre, facilement, sans prise de tête. Donc les banques utilisent ça pour faire de la transaction.

Manu : Ce qui doit expliquer, en partie, la montée de la valeur. Et le truc, c’est qu’on ne sait pas ce que ça va donner le bitcoin. Là c’est 9 000 dollars, ça pourrait passer à 90 000 dollars, on ne peut pas savoir ! Ça pourrait redescendre à 90 dollars ou même, ça pourrait être interdit du jour au lendemain par les institutions bancaires. On ne peut pas savoir aujourd’hui.

Luc : Le truc c’est que ça va être difficile d’interdire puisque ça fonctionne tout seul. En tout cas, aujourd’hui, c’est devenu quelque chose d’absolument considérable avec du matériel spécifique, avec des infrastructures énormes de serveurs qui tournent qui calculent, qui calculent, qui calculent !

Manu : Beaucoup de fermiers chinois.

Luc : Oui. De mineurs chinois. Donc il y a le risque que le système se grippe, il y a le risque que ça explose ; plein de choses qui se passent autour. Nicolas, on n’a fait qu’effleurer tous les trucs dont tu nous as parlé avec des magouilles, des trucs où ça va dans tous les sens, etc.

Manu : Des systèmes pyramidaux, des arnaques complètes, des vols !

Luc : The Pirate Bay qui est un site de piratage de films et autres qui, en gros, a fait un truc sur son navigateur où, quand on va sur leur site, ça ouvre une petite application de minage sur son ordinateur ; ils se rétribuent comme ça.

Nico : Il y en a plein qui ont fait ça derrière. Toutes vos machines…

Manu : Ça a fait un petit scandale quand c’est sorti !

Luc : En tout cas aujourd’hui, c’est en train d’arriver, manifestement, à un risque d’explosion et ça nous semblait important d’en parler, même s’il y a beaucoup de choses à dire.

Manu : Le sujet reviendra forcément. Donc on en reparlera sûrement à une autre occasion. À la semaine prochaine.

Luc : Salut !

Nico : Bonne semaine à tous.

Mag : Salut.

(Source: April)
Logo