Décryptactualité du 27 mars 2017

Magali - Luc - Manu - Nico

Titre : Décryptactualité du 27 mars 2017
Intervenants : Magali – Luc – Manu – Nico
Lieu : Studio d’enregistrement April
Date : Mars 2017
Durée : 15 min
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Revue de presse de l’April pour la semaine 12 de l’année 2017
Générique : La prose du pépère – Les Barons Freaks – LAL
Licence de la transcription : Verbatim

Description

A la suite de la réaction de Regards Citoyens sur les modifications de licence d’Etalab sur l’Open Data1, Décryptualité explique les enjeux des libertés d’utilisation dans l’open data notamment.

Transcription

Luc : Décryptualité.

Nicolas : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : C’est la douzième semaine de 2017. Salut Manu.

Manu : Salut Mag.

Magali : Salut Nico.

Nicolas : Salut Luc.

Luc : On va partir tout de suite sur notre revue de presse avec un peu de matière cette semaine.

Manu : Oui. Sept articles, ce n’est pas si mal.

Luc : 20minutes – Quand les fermiers américains sont obligés de pirater leurs propres tracteurs pour pouvoir les réparer – un article de Nicolas Raffin.

Manu : Qui ne parle pas directement de logiciel libre ; qui parle du fait qu’il y a des logiciels dans les tracteurs américains qui ne sont pas libres et qui, en utilisant le droit d’auteur et les licences, forcent les fermiers américains à passer par les services des constructeurs et ils ne peuvent pas réparer eux-mêmes leurs tracteurs. Ils sont bien emmerdés !

Luc : Du coup ils les piratent.

Manu : Du coup ils les piratent avec des logiciels qui viennent d’Europe de l’Est, c’est moche !

Luc : ZDNet France – HTML5 : l’intégration du DRM Netflix fait hurler – un article de Louis Adam.

Manu : On en a déjà bien parlé. On en reparlera sûrement.

Luc : C’est un vieux sujet.

Manu : Exactement. Il y a des DRM, des menottes numériques qui s’introduisent dans nos navigateurs. C’est déjà le cas, en fait, mais ce n’est pas encore tout à fait standardisé. Ça devrait l’être dans les semaines qui viennent.

Luc : Et voilà, ils vont en discuter bientôt. L’OBS – Le numérique n’intéresse guère les candidats… et c’est bien dommage – un article de Dominique Nora.

Manu : Là aussi, ce n’est pas tout nouveau. On est en plein dans les Présidentielles donc c’est normal que ce soit un sujet. C’est une fondation qui invite à signer un pacte numérique.

Luc : Les gens du monde l’entreprise.

Manu : Et ça n’a pas l’air de marcher super bien.

Luc : Je crois que Hamon a pris, récemment, des positions un peu sur le numérique, mais je n’ai pas regardé le détail.

Manu : Il va falloir qu’on regarde effectivement.

Luc : Finyear – Civic Techs – 2 – Quel modèle économique ? – un article de la rédaction.

Manu : Là, ça parle des logiciels qui sont utilisés pour faire des consultations numériques sur la démocratie en général : est-ce que ça doit être libre, est-ce que ça doit être propriétaire ? Oh là, là.

Luc : Ça doit être libre !

Manu : Tu m’étonnes !

Luc : ZDNet France – L’ANSII cherche à définir la cyberpaix – un article de Louis Adam.

Manu : Et ça parle de cyberguerre. Eh oui ! Et l’ANSII [Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information, NdT] c’est l’organisme français qui regarde sur la sécurité, qui travaille, et qui contribue pas mal à la sécurité, donc des gens plutôt intéressants quand ils commencent à parler de ce genre de sujet on écoute, et ils avaient invité Stallman.

Luc : Donc ce qui veut dire que le Libre a une place de choix là-dedans, ce qui est très bien. Libération – En Guadeloupe, des hackers à l’abordage du tsunami – un article de la rédaction.

Manu : Ça parle de nos amis du Gwadloup qui contribuent avec l’ONU et plein d’autres organismes, à organiser les secours en cas de gros pépin. Donc chez eux, un gros pépin, c’est quand il y a une grosse vague qui vient sur l’île.

Magali : Un bisou s’ils nous écoutent.

Manu : Oui, on ne sait jamais, même s’ils sont de l’autre côté d’un océan. Ce sont des libristes, des hackers, et leur hacking est utilisé pour organiser tout ça. C’est vraiment un gros travail, super intéressant.

Luc : Le Monde de l’Energie – Et si les smart grids adoptaient l’Open Data ? – un article de Ghislain Delabie.

Manu : C’est un petit peu compliqué, smart grids c’est plutôt niveau énergétique, notamment comment on organise l’énergie.

Luc : La distribution sur le réseau.

Manu : Exactement. Et donc là, l’open data arrive là-dedans pour essayer de remonter, un petit peu, des métadonnées, des données et suivre tout ça, temps réel, temps décalé, je ne sais pas. Mais en tout cas, ça parle d’open data ce qui est un sujet intéressant.

Luc : Et qui est le sujet sur lequel on voulait intervenir aujourd’hui, non pas à partir d’un article de la revue de presse, mais un autre, qui a été remonté par Regards Citoyens. Regards Citoyens, ils sont très actifs sur l’open data. Ce sont également eux qui font nosdéputés.fr2, qui permet de suivre l’activité des députés. Vous allez faire un tour sur ce site pour savoir ce que fait votre député, comme ça vous pourrez lui en parler lorsque vous le croiserez la prochaine fois au marché ou ailleurs. Donc là, ils nous ont remonté une mauvaise nouvelle qui est que Etalab et la DINSIC, donc la DINSIC [Direction interministérielle du numérique et du système d’information et de communication de l’État, NdT] c’est un peu l’équivalent de la direction informatique de l’État quoi ?

Nicolas : C’est la DSI [Directeur des systèmes d’information de l’État]. Ce sont ceux qui passent les grosses commandes et qui s’occupent de tout ce qui touche à l’informatique.

Luc : Voilà. Donc ils ont sorti une nouvelle licence3 qui serait, selon eux, plus une licence libre. Etalab a réagi en disant : « Oui, on s’est un peu trompé, on a communiqué un peu vite ». On ne veut pas trop rentrer dans le détail parce qu’on ne maîtrise pas le sujet. On va essayer de récupérer quelqu’un qui s’y connaît mieux que nous. En revanche, ça pose une question sur cette question des licences libres et des droits que ça permet. Et l’idée c’est d’essayer d’expliquer, un petit peu, pourquoi c’est important d’avoir toute une série de garanties. Donc Regards Citoyens dit qu’en gros cette nouvelle licence met de nouvelles restrictions à la réutilisation et soumet les utilisateurs à des obligations administratives, et qu’il y a derrière des risques de censure. Dans les principes du Libre il y a l’idée, le principe de droit d’utiliser pour ce qu’on veut, y compris pour faire du business, et on comprend que si derrière il y a toute une série d’obligations qui vont bloquer les gens, ça peut être un moyen de les empêcher de faire les choses qu’ils veulent.

Manu : On peut aborder ce que c’est que l’open data pour rebondir dessus ? Les gars, pour vous c’est quoi ? Ou la madame !
ou
Nicolas : L’open data, enfin le fait que l’État va mettre à disposition, enfin l’État, ou pas que l’État, ça peut être n’importe qui, va mettre à disposition des données qui peuvent être intéressantes pour la population. Ça peut être, par exemple, en lien avec les transports, avec l’énergie, avec tous les impôts, les taxes foncières ou autres. Tout et n’importe quoi, en fait.

Manu : Les crimes.

Nicolas : Les crimes. Vraiment tout ce qui peut être communicable, en fait.

Manu : La météo.

Nicolas : La météo, et de manière ouverte. C’est-à-dire qu’on n’est pas censé avoir des démarches administratives très compliquées à faire. Ça va être généralement disponible en ligne, donc il y a un site maintenant internet qui a été monté via Etalab4.

Manu : Un gros site.

Nicolas : Un gros site qui référence tous ces trucs-là. Si c’est de l’open data, c’est censé être dans des formats réutilisables où on n’a pas trop à se prendre la tête pour les utiliser et donc pour à peu près tous les usages dont on a envie. Donc on peut reconstruire d’autres choses par-dessus, y compris de manière commerciale, vendre du service à partir de ces données-là pour en faire ce dont on a envie.

Magali : Donc tu nous parles de formats ouverts, de la manière dont sont gérées les données, dans quels formats on peut les récupérer et avec quels logiciels on peut les utiliser ?

Nicolas : Voilà. Parce que, par exemple, si on vous envoie un fichier Excel, vous allez avoir potentiellement des problèmes pour l’ouvrir parce qu’il vous faut la suite Office si vous voulez avoir tous les résultats.

Magali : Dans l’état où ils étaient au départ.

Nicolas : Dans l’état où ils étaient au départ. Alors que si vous utilisez de l’ods, le format est normalisé, standard.

Manu : C’est l’équivalent pour LibreOffice.

Nicolas : C’est l’équivalent pour LibreOffice, mais qui est un vrai standard celui-là, et pas un faux truc fait par Microsoft.

Manu : C’est vraiment un format ouvert.

Nicolas : Voilà. Et du coup, là vous avez la garantie que le truc est documenté. On sait le rouvrir, on n’est pas dépendant du logiciel ou du fabricant et donc on a beaucoup moins de problèmes, même si entre ods et Excel, dans la pratique, on n’aura pas trop de problèmes dans le sens de l’open data.

Luc : Il faut voir dans la durée également. De fait, l’État, il y a plein de services, j’ai regardé les stats, ils sortent leurs trucs sur des formats Microsoft, ce qui est assez lamentable. Dans les principes du Libre, qu’on va retrouver dans le logiciel libre ou dans l’open data, il y a cette idée qu’on a le droit de faire par défaut. Et ça c’est un point important parce que, des fois, il y a des gens qui sont prêts à partager, qui disent : « Mais si les gens veulent, ils n’ont qu’à me demander. » Mais le truc c’est que le monde est vaste. Dans le monde du logiciel libre, il y a potentiellement plusieurs auteurs avec certains qui ont écrit du code il y a longtemps. Le droit d’auteur qui couvre le logiciel c’est jusqu’à 70 ans après la mort de l’auteur et donc c’est un point important qui est « j’ai le droit d’utiliser quelque chose sous licence libre sans demander l’autorisation ».

Manu : C’est-à-dire que tu peux avoir accès aux horaires du train et tu n’as pas besoin, à l’avance, de dire : « Oui, mais je voudrais avoir accès aux horaires du train », c’est à tout moment que tu peux l’avoir.

Luc : Exactement ! Parce que si on doit à chaque fois passer par une validation en demandant « est-ce que j’ai le droit à ceci ou est-ce que j’ai le droit à cela ? », ça rajoute un niveau de complexité supplémentaire et, quand on veut faire des trucs très complexes qui vont intégrer plein de données ou plein de logiciels, eh bien on va arriver à un truc qui est juste ingérable parce qu’il faudrait demander l’avis à plein de gens partout, etc., et constamment. Et du coup s’ils commencent à dire : « Oui, mais pour faire quoi ? Et ceci, et cela », ça devient vite complètement invivable dès lors qu’on arrive à un certain niveau de complexité.

Manu : Plus tu vas agréger les données, par exemple, plus tu vas avoir cette complexité. S’il faut que tu demandes, et parce que ça va venir de plusieurs organismes, parce que tu vas combiner plusieurs données ensemble, s’il faut que tu demandes à chaque fois pour rentrer dans ce système-là, oui, ça devient impossible.

Nicolas : À l’inverse, moi je maintiens un mini service d’open data dans un coin, et le jour où il a été vraiment publié et utilisé, j’ai vraiment pleuré aussi. Parce que je me suis pris une vague de plein de gens qui ont commencé à consommer ce truc-là. Ça me coûte très cher en bande passante, en espace disque, en conso, enfin.

Manu : En l’occurrence, je rends un service, et du coup ! Eh bien oui, il faut assumer derrière.

Nicolas : Et du coup on a quand même des fois besoin de mettre un peu de limites, en disant on va quand même demander un enregistrement ou une authentification, parce qu’autrement ça devient un peu le Far West quoi !

Manu : Tu veux vérifier que ce ne sont pas des spammeurs qui sont en train de récupérer.

Nicolas : Oui, que ce ne sont pas des spammeurs auxquels je suis capable de dire : « Eh bien attendez, là vous consommez peut-être un peu, eh bien venez contribuer aussi au service ou mettez des machines à disposition, parce que moi je ne peux pas tout faire tout seul. » C’est vrai que ce côté-là, que ce soit très ouvert c’est bien, mais il y a quand même des limitations techniques. Des fois, on a besoin d’un mini contrôle des utilisateurs.

Luc : Là on est dans un truc public qui doit, justement, fournir de la donnée et donc il y a des financements derrière. Bien sûr tu vas bloquer les gens qui sont en train d’essayer d’aspirer ton truc trois cents fois par minute. J’avais imaginé une sorte de service qu’on pourrait monter qui serait, par exemple, un service pour aider les gens à décider où ils vont s’installer quand ils doivent déménager. Et donc on peut imaginer toutes les données qu’on peut vouloir récupérer pour ça.

Manu : Qualité de l’école ?

Luc : Oui. Par exemple la quantité d’écoles, leur emplacement.

Magali : Les transports en commun.

Manu : Oui. La pollution.

Nicolas : Le crime, les impôts.

Luc : Le niveau des impôts.

Nicolas : Le prix de l’immobilier, oui, au mètre carré.

Luc : Au mètre carré.

Manu : La distance par rapport à certains services publics.

Luc : Voilà. La route, la congestion.

Magali : La congestion ?

Luc : Oui. La congestion du trafic. Est-ce que c’est embouteillé ou pas ?

Magali : Ah ! Pas atchoum et compagnie.

Luc : Voilà.

Manu : Ça en plus, c’est une autre donnée.

Magali : Les pollens.

Luc : Les pollens, par exemple si on est allergique.

Nicolas : Le niveau sonore, si on est près d’une autoroute, par exemple.

Luc : Tout à fait.

Magali : Ou les ondes.

Nicolas : Ouais. Ça c’est un faux débat, mais pourquoi pas.

Manu : Ah oui, mais pourquoi pas, après tout ça peut être important pour des gens.

Magali : Ce n’est pas un faux débat ; il y a des gens qui sont très atteints par les ondes.

Nicolas : Oui, même quand les antennes sont éteintes, effectivement.

Luc : On ne va pas se lancer là-dedans sinon on est foutus. Donc on imagine toutes ces données. si on veut créer notre super service en open data, on va pouvoir récupérer toutes ces infos-là et c’est notre boulot, je veux dire, on veut monter un business là-dessus, aider les gens à trouver le meilleur endroit.

Manu : Et ça parait être un business intéressant, en fait.

Luc : Et donc, du coup, nos données doivent être mises à jour régulièrement parce que tout ça, ça bouge. Comme tu disais, Manu, on a besoin d’avoir des formats ouverts dont on connaît le fonctionnement.

Nicolas : Et puis qui ne vont pas changer tous les jours, en plus, parce que sinon le service, il est mort !

Luc : Il ne faut pas les changer tous les jours, parce que si ça change tout le temps ! Et si change, il faut prévenir suffisamment à l’avance pour qu’on ait le temps de s’adapter en décrivant suffisamment précisément pour comprendre comment on fait. Et à l’inverse, en faisant notre boulot, on peut imaginer qu’on va commencer à faire des trucs qui ne plaisent pas. Par exemple le député-maire de la ville dont on dira « chez lui les impôts sont super chers, le prix au mètre carré est vachement élevé et, en plus de ça, c’est pollué, par exemple, ou ses services publics sont mal foutus ».

Manu : Donc l’attraction de sa ville va diminuer et ton application va le montrer et ça, c’est moche !

Luc : Voilà ! Et donc on peut imaginer, par exemple, ce député-maire qui serait influent, dirait aux services de l’État ou à des ministres, peut-être, s’il a été ministre : « Mais lui, ce qu’il fait ça ne me plaît pas, quoi ! » Du coup on a besoin d’être indépendants de ce genre de choses. Et plus on va mettre des règles qui vont restreindre les utilisateurs, où on va pouvoir mettre de bâtons dans les roues, plus on ouvre la porte à l’arbitraire par rapport à ce genre de choses. Et donc, on parle là d’un service, mais on pourrait imaginer, les journalistes peuvent faire la même chose : c’est-à-dire que par l’open data ils peuvent commencer à faire des croisements et à trouver des tas d’infos intéressantes.

Manu : Ça, ça doit être drôle de faire des croisements. J’imagine bien les déclarations d’intérêt de certains politiques.

Nicolas : L’affaire Fillon est venue aussi, un peu, d’un problème d’open data, puisque, par exemple, le projet Arcadie5 qui est géré par Tris Acatrinei qui collecte, en fait, toutes les données des revenus du patrimoine des différents députés, sénateurs ou autres. Et donc elle a recroisé l’intégralité de toutes les données en disant : « Là il y a un problème. Regardez, ça, ça a été masqué. Là, il y a eu un changement de là à là. »

Manu : Ce n’est pas elle qui a appelé Le Canard enchaîné par hasard ?

Nicolas : Pas que, mais en tout cas, elle a été à l’origine de pas mal des fuites sur l’affaire Fillon parce que toutes les déclarations montraient qu’il y avait un problème quand c’était publié correctement.

Magali : Elle n’est pas l’origine des fuites. Elle s’est juste rendu compte qu’il y avait un problème.

Nicolas : Voilà. Elle a vu qu’elle avait un problème.

Manu : Oui. Mais peut-être qu’elle a donné les bases. Voilà.

Nicolas : Mais les journalistes se sont réveillés dessus en disant : « Eh bien oui, là il y a un pépin ». Du coup, typiquement, c’est un projet que si c’était géré par l’État, eh bien ça peut vite devenir « tiens on va couper les vannes parce que c’est le bordel quoi ! »

Manu : Ce n’est pas faux. Vous vous rendez compte à quel point l’open data va à l’encontre de certains de ces instigateurs et que eux, ce qu’ils voulaient, c’était surtout qu’on puisse répertorier les trous dans la route et qu’on remonte les trous dans la route pour qu’ils puissent ensuite les corriger. C’est ça qui plaisait à nos hommes politiques, largement.

Luc : C’est une idée qu’on a souvent entendue et qu’on a relayée dans la revue de presse, c’était des gens dire : « Ouais, l’open data mais pour quoi faire ? Je ne vois pas ce que les gens pourraient faire avec ! »

Manu : Réparer les trous dans la route !

Luc : Voilà. Et de fait on peut, potentiellement, faire des choses qui déplaisent aux responsables, politiques notamment, ou autres. Mais après, ça peut être aussi des entreprises ou des choses comme ça.

Manu : Il n’y a pas, genre la SNCF, tout ça, qui bloque un peu l’échange de ses données de transport ?

Nicolas : C’est même plus que bloqué, en fait. Justement c’est un très bon exemple avec Raildar6 qui est un service qui était communautaire qui avait été monté à partir de données de la SNCF pour afficher les trains et les circulations et autres. Sauf que quand ils ont commencé à montrer qu’il y avait un peu trop de retards, du coup la SNCF leur a coupé complètement l’herbe sous le pied, en interdisant purement et simplement l’accès aux données qui étaient remontées par l’application au départ. Et donc ils ont dû redévelopper ; il y a eu plus d’un an et demi d’arrêt avant de pouvoir remonter un service par-dessus.

Luc : Sachant que la nouvelle loi, je crois que les données transport maintenant peuvent rentrer dans l’open data, mais il y a des cas particuliers, c’est-à-dire que ce n’est pas le régime général. Notamment, ils peuvent demander de l’argent. Mais avant ça, et Raildar était là-dedans, c’est que utiliser les données en question c’était couvert et c’était interdit. Donc du coup, tu peux te retrouver avec un procès et la SNCF ou la RATP étaient très attentives à l’utilisation qui pouvait être faite de leurs données.

Magali : Mais alors pourquoi ? Parce que ces données, nous, on peut y accéder quand on veut.

Luc : C’est une différence entre avoir tes données au travers de leurs sites ou sur des dépliants papier ou des choses comme ça.

Manu : De manière ponctuelle.

Luc : De manière ponctuelle.

Manu : Sur un lieu, sur une utilisation bien particulière.

Luc : Voilà et définie par eux. Et c’en est une autre de pouvoir récupérer toutes les infos et de les traiter toi-même et de les croiser comme tu as envie de les croiser, etc.

Manu : Et d’améliorer éventuellement.

Luc : Et éventuellement d’améliorer.

Manu : Parce que justement, tu peux améliorer de la donnée que tu as récupérée quelque part, qui, en soi, est brute et un peu moche. Et tu peux dire : « Voilà, votre bus il est à telle distance précisément et si vous voulez le choper maintenant, eh bien on va vous aider, on va faire en sorte que. » Il y a des sites, je pense à Capitaine Train. Capitaine Train, c’était des gens qui récupéraient des données de la SNCF pour faciliter la prise de réservation et ils avaient une interface hyper simple, hyper travaillée, vraiment pratique.

Magali : Efficace !

Manu : Et vraiment très efficace, mais la SNCF, ça ne leur plaisait pas trop.

Luc : Ils existent toujours.

Manu : Oui, je crois que finalement ils ont dû faire des accords. Non ?

Luc : Ils avaient déjà des accords parce qu’ils vendaient des billets, donc forcément.

Nicolas : Ils avaient des accords. Voilà, et avec l’ouverture, en fait la fin du monopole de la SNCF, du coup il y a eu obligation de publier des données pour pouvoir permettre l’interconnexion et du coup Trainline7, enfin Capitaine Train à l’origine, avait accès à des API professionnelles pour la SNCF.

Luc : Ils n’ont jamais fait le truc en dehors de la SNCF. Bref ! Par rapport à nos quatre libertés, donc on a liberté d’utilisation, on en a parlé : voilà, on veut l’utiliser pour ce qu’on veut et, effectivement, ça peut commencer à mettre des bâtons dans les roues ; ans le domaine de l’open data, ça peut venir finalement assez rapidement, surtout si on veut ça.

On a le droit à modification. Comme tu le disais, les données on les récupère, mais on peut également les modifier, les croiser, les enrichir pour faire sortir des infos qu’on n’avait pas dans les données initiales.

Nicolas : Mais sur la modification il y a d’ailleurs aussi le service qui a le droit de les modifier. C’est aussi un problème, c’est que d’avoir des données stables dans le temps et que l’État ne puisse pas se décider de virer tel ou tel morceau ou de faire des modifs a posteriori.

Manu : Réécrire l’histoire.

Nicolas : Tout à fait, réécrire l’histoire, ça peut être compliqué, mais ce sont aussi des cas à savoir traiter parce que les lois peuvent évoluer, les données peuvent être reformulées, re cataloguées dans certains cas.

Luc : Elles sont mises à jour.

Nicolas : Voilà, elles sont mises à jour et donc ça peut être aussi modifié du côté de l’État.

Luc : On a le droit d’étudier. Ça, ça va effectivement en amont quand on va récupérer les données pour comprendre comment c’est fait, etc. Et le droit de redistribuer. Bien sûr, on peut faire du commerce avec et c’est toute l’idée de l’open data, c’est de pousser de nouveaux services, de nouvelles façons de faire, essayer d’avoir des choses plus efficaces.

Magali : Mais du coup, on ne risque pas de se prendre en plein les entreprises qui font déjà ce genre de choses-là, mais qui le font payer ?

Luc : Du coup tu penses à quels types d’entreprises ? Quels types de services ?

Magali : Je pense à l’IGN avec ses cartes routières. Je pense au Kbis qui était payant. Je pense aux lois que des entreprises, autres que l’État, monnayaient pour les obtenir.

Luc : Je ne sais pas si ces données tombent sous le couvert de l’open data.

Manu : Je ne crois pas.

Nicolas : Le Kbis8 a été ouvert par la base Sirene, en tout cas, a été ouvert récemment et avant, il fallait passer par le tribunal de commerce. Maintenant c’est en ligne.

Luc : Récupérer les données, c’est une chose. Réussir à les exploiter, c’en est une autre. Ce n’est pas nécessairement techniquement à la portée de n’importe qui. Il faut avoir un minimum de compétences. Donc peut-être que ces entreprises continueront à pouvoir vendre ce service à des gens qui ne savent pas faire eux-mêmes, mais il est probable, effectivement, que d’autres personnes puissent facilement monter des services concurrents et faire baisser les prix.

Magali : En tout cas ça rentre de la concurrence et ça doit faire sûrement grincer des gens.

Luc : Effectivement ! Quand on est en position dominante, on n’a pas envie de voir rentrer plein d’acteurs et on est plutôt motivés à essayer de…

Nicolas : Et en tout cas, sans les coûts d’entrée qu’on a eus, nous, au départ, quand on a lancé le service à la base.

Luc : Très bien ! Je ne sais pas si on a fait le tour de la question. C’est peut-être un petit peu prétentieux, mais en tout cas on va s’arrêter là. Merci à vous. Bonne semaine à tous.

Magali : Au revoir.

Manu : Au revoir.

(Source: April)
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